I - Bref regard sur le peuple tsigane

Les Roms font partie de la grande famille de Tsiganes, peuple mystérieux, fascinant et inquiétant à la fois, dont on se méfie et dont, faute de les connaître, on s’est fait des images d’Epinal, simplistes et simplificateurs. Le mot « tsigane » évoque tout de suite une série de représentations. Soit romantiques et « positives » : espaces lointaines et inconnus, le voyage comme symbole de liberté, histoires invraisemblables, passions déchaînées, beautés paradisiaques ou démoniaques. Soit « négatives » : voleurs d’enfants (mais aussi de poules), maîtrise des lois de la nature, notamment de la météorologie et des destins humains, dont pratiques occultes, sorcellerie.

De nos jours, l’image de pauvreté et de misère difficilement supportable que les Tsiganes venus des pays de l’Europe Centrale et de l’Est amplifie les représentations négatives, déjà en place. Des peurs très anciennes font surface : on leur refuse l’aide de peur de l’appel d’air, on imagine des invasions tsiganes ; à partir d’un ou deux groupes de délinquants on se met à fantasmer sur des réseaux extraordinaires, même sur des mafias tsiganes. Les Tsiganes font depuis toujours peur.

Eux-mêmes, ils se nomment « Romani Cel », ce qui signifie « peuple tsigane ». Si en France, ils sont nommés « Gens du voyage » (qui englobent les Romanichels, les Manouches, les Bohémiens, les Gitans,…) et en Espagne « Gitanos », en revanche les Tsiganes vivant dans l’Europe Centrale et de l’Est sont nommé surtout des Rom. Ils sont des citoyens des pays où ils vivent. A l’exception des Gens du voyage français, les Rom mais aussi les Tsiganes vivant dans d’autres pays sont sédentaires.

- Caractéristiques : Peuple sans pays d’attache, sans une autorité d’Etat ou administrative à laquelle se référer.

Répartition sur le continent européen : On note un déséquilibre important entre l’Est et l’Ouest du continent. De 10 à 12 millions de personnes, deux tiers vivent en Europe Centrale et de l’Est. C’est en Roumanie où ils sont les plus nombreux : 1,8 à 2,5 millions, soit environ 10% de la population.

Langue : La langue parlée par les tsiganes de partout s’appelle le romani, la langue romani. C’est une langue orale. Elle n’a rien à voir le roumain. Les romologues affirment qu’à l’origine serait le héros indien Rama. D’ailleurs, il est certain que le romani vient directement d’un dialecte parlé en Inde. Le romani garde un fond linguistique commun à tous les Tsiganes de partout : les personnes peuvent se comprendre, qu’ils soient citoyens français, roumains, polonais ou albanais. Néanmoins, en sachant que ce peuple vit disséminé dans tous les pays de l’Europe depuis des siècles, le romani s’est transformé de façon assez importante, sous l’influence des langues des peuples majoritaires qui les entouraient.

Religion : Ils ont adopté la religion du pays, donc ils sont orthodoxes en Roumanie, catholiques en France, musulmans en Bosnie. Beaucoup sont devenus évangélistes.

Appelation : En fonction du temps et des lieux, les populations locales les ont nommé ou surnommé de façon différente. Tsiganes, Gens du voyage, Roms, Voyageurs, Gitans, Bohémiens, Romanichels, Nomades, Egyptiens, Gypses, Manouches …, ceux sont des surnoms qui désignent historiquement le même peuple. Une partie de ces noms est chargée d’une connotation plus ou moins négative pour les populations locales qui les nomment, ou ressentis comme vexants voire injurieux par ce peuple lui-même.

II - Dans l'histoire ancienne

Au-delà de l’image romantique et sentimentale d’insouciance, de voyages en chanson, de costumes traditionnels multicolores qui suggèrent une vie libre et passionnée, promue et cultivée par la littérature ou plus récemment par la cinématographie, le peuple tsigane est parti il y a fort longtemps, vers le 8e – 9e siècle, du nord de l’Inde. C’est la seule information sûre. Les raisons de ce départ : peut-être l’échelle sociale sur laquelle ils se situaient dans le système hindou des castes. Tout cela reste un mystère et sujet à des suppositions qui donnent parfois naissance à des théories. Peu de documents écrits nous sont parvenus. La seule source fiable, pour reconstituer le cheminement de ce peuple vers l’Europe reste sa langue, qui garde des traces du persan, de l’arménien, beaucoup de grec.

Ils mettent deux-trois siècles pour traverser tout l’espace situé entre le nord de l’Inde et les îles grecques. Au 11e siècle, les voyageurs occidentaux en route vers les lieux saints les rencontrent sur le territoire de la Grèce actuelle, vivant nombreux (ou plutôt visibles, comme de nos jours) dans les banlieues des villes. Les incursions de plus en plus pressantes de l’empire Ottoman dans l’empire Byzantin font qu’ils commencent à se disperser. Les Roms ont toujours fui les guerres. Une partie part vers le nord-ouest, vers les pays de la Yougoslavie, une autre vers le nord, arrivant ainsi dans les pays qui vont constituer l’actuelle Roumanie.

Pour des raisons certainement économiques (besoin de main d’œuvre), dans les pays roumains, ils tombent assez rapidement en esclavage. Cela durera jusqu’au milieu du 19e siècle. De quelle façon et dans quelles circonstances se retrouvent-ils esclaves, on ne le sait pas. Il nous reste seulement des documents écrits qui témoignent du fait que les maîtres, grands propriétaires terriens ou ecclésiastiques, disposaient d’eux comme des objets ou du bétail. Ils étaient hérités, vendus, séparés. Ils n’avaient aucun droit, même pas de se marier librement. C’est donc à partir de la Grèce que ce peuple entre en Europe, où il vit marginalisé depuis mil ans. En France on les retrouve vers le 15e siècle. Au début, ils sont bien reçus par les populations locales, de par leur pittoresque et leur air exotique. Ils attisent la curiosité à cause du mystère que représente le voyage lointain. Mais aussi à cause de leur joie de vivre. Quoi qu’il en soit, ils sont perçus comme très nombreux, puisque très mobiles et très visibles.

Cette situation ne durera pas. Le Journal d’un Bourgeois de Paris décrit en 1427 ces « hommes noirs » et ces « femmes les plus noires et les plus laides qu’on puisse voir, les cheveux noirs comme la queue d’un cheval », habillées d’une vieille étoffe grossière attachée sur l’épaule par un lien de corde. Parmi eux, il y avait des sorcières qui lisaient le passé et l’avenir dans les lignes de la main « et par art magique ou par une étrange habileté elles vidaient les bourses des gens ». La suite est que l’évêque de Paris les excommunie et prend des mesures pour qu’ils soient chassés. De la France, les Tsiganes passent en Espagne, où les choses ne tardent pas à se passer de la même façon.

En traversant des temps et des civilisations différents de celle q’ils avaient quitté, les Tsiganes sont étrangers au vécu commun des populations européennes. L’incompréhension est des deux côtés. Ils ne peuvent pas « se soumettre » car le fonctionnement de la société occidentale au 15e siècle leur est inconnu. En même temps, ils apparaissent aux populations locales comme insoumis, leur conduite est surprenante, les tours de magie, par exemple, font peur dans le contexte des pratiques inquisitoriales occidentales. Tout cela engendre la mauvaise réputation. D’où la méfiance suivie de près par l’hostilité.

En Espagne, comme en France, les Tsiganes seront persécutés à tout propos : flagellés, mutilés des oreilles, expulsés, condamnés aux galères, à l’esclavage ou au bannissement pour des méfaits réels (larcins) ou imaginaires (rapt d’enfants), pour insoumission, vagabondage, sorcellerie, voire anthropophagie. (voir http://crdp.ac-bordeaux.fr). Au 16e siècle, les Tsiganes ibériques sont déportés dans les colonies d’Amérique. En France, sous Louis XIV, ceux qui voulaient échapper aux galères avaient le choix de s’exiler sur le même continent (ils ont colonisé la Louisiane).

Plus récemment, l’Allemagne nazie programmait la destruction totale de ce peuple. Les Tsiganes ont été déportés, stérilisés, utilisés comme cobayes, exterminés dans les camps de concentration. Environ cinq cent mille personne auraient péri.

En même temps, certains groupes mettant à profit leur métier, leur savoir-faire ou leur talent ont bénéficié de la protection des commanditaires. Des seigneurs ont accepté les services de mercenaires de certain chef de groupe en leurs payant une solde ; ils baptisaient aussi leurs enfants. En France, au 17e siècle, dans les châteaux, on appréciait beaucoup les talents de musiciens Tsiganes. Dans le Midi, ce sont les maquignons qui étaient reconnus, tandis que sur la côte basque, au 19e siècle on reconnaissait « les cascarots », c’est-à-dire les pêcheurs de morue et les marchands de poissons. En Italie (Piémont) ils s’illustrent dans le cirque (Bouglione, Zavatta). Dans les pays roumains et en Hongrie, ils sont reconnus comme des musiciens d’exception (flûte de pan, cobza, violon, cymbalum) et très appréciés lors de fêtes jusqu’à nos jours. Mais c’est probablement le flamenco des Gitans espagnols qui est le genre musical le plus connu.

III - Les Roms sur le territoire roumain

1 - Jusqu’au 20e siècle

Dans les Provinces danubiennes (la Roumanie actuelle), les Tsiganes furent rapidement réduits en esclavage, offrant une main d’œuvre gratuite. Cette situation durera jusqu’au milieu du 19e siècle, à la constitution de l’Etat roumain moderne.

Depuis la fin du 13e siècle, ils apparaissent dans les documents juridiques comme esclaves (« robi ») de la Couronne, des monastères et des boyards (l’aristocratie). Ceux ne sont que les esclaves de la Couronne qui ont le droit de mouvement. Une lois de 1816 précise : « En matière de dot, les Roms comme tout bétail ou immeuble, se donnent sous estimation ; ils sont avec les bestiaux dans la responsabilité du mari ». La possession des esclaves Tsiganes allait jusqu’à la libre possession sexuelle des femmes par le maître gadjé, stipulée dans les codes des lois. Les Roms naissaient esclaves. La législation leur interdisait toute accumulation de richesse, toute association privée ou publique.

L’anti-tsiganisme presque endémique des Roumains hérite de ce passif de cinq siècles d’esclavage.

A la suite des grands mouvements idéologiques bourgeois de 1848, la loi abolit l’esclavage en 1856. Libre, une partie des Tsiganes restent auprès de leurs maîtres en tant qu’employés. Une autre partie de ces tsiganes, libérée mais très pauvre et sans terre, ni toit, ni attache, prenne le chemin de l’errance à travers le pays, en exerçant des métiers « traditionnels ». Une vague migratoire vers la France sera enregistrée dans la deuxième moitié du 19e siècle : ceux sont les Romanichels, arrivés en guenilles et dans un état de misère extrême et installés aux alentours de Paris. La langue française garde le souvenir de leur état dans la connotation très négative du terme « romanichel ».

2 - De 1918 à 1989 (chute du régime communiste)

Après le démembrement des empires multinationaux et après la création de l’Etat national roumain, en 1918, le problème des minorités nationales commence à se poser de façon aiguë : 28% des citoyens roumains appartiennent aux minorités nationales et ethniques. La Roumanie adopte en 1923 une nouvelle Constitution démocratique, dont les principes (ainsi que les lois adoptées ultérieurement) garantissent l’égalité des minorités, « sans différence aucune quant à l’origine ethnique, langue ou religion ».

C’est également dans la période d’entre deux guerres que la conscience identitaire de cette ethnie commence à prendre forme. En 1933 se crée la première organisation des Roms, « l’Association Générale des Tsiganes de Roumanie », qui se propose de contribuer au développement culturel et à l’éducation des Roms (par la création d’écoles maternelles, accès à l’éducation, formation professionnelle, conservation des traditions, etc.), mais aussi à leur intégration sociale (accès à l’assistance médicale et juridique gratuite, la sédentarisation des ceux qui étaient en errance par la distribution des terres, etc.). Le premier congrès des Roms de Roumanie sera organisé en octobre 1933. Cette structure impose l’utilisation du terme « Rom » à la place de celui de « Tsigane ». C’est également à cette époque qu’est signalée la parution de la première étude plus sérieuse sur les Roms. A partir de mars 1938, avec l’installation en Roumanie, comme un peu partout en Europe, des régimes autoritaires, la situation des Roms devient de plus en plus difficile. Ces années-là, jusqu’à la fin de la guerre, se caractérisent par la recrudescence de l’antisémitisme et donc par l’adoption d’une législation raciste et discriminatoire à l’encontre des minorités. Pour les Roms, le point critique fut atteint après 1942, avec la déportation de 25 000 personnes en Transnistrie.

3 - Sous le régime communiste

La deuxième conflagration mondiale finie, les premières années d’après la guerre mirent fin aux espoirs d’un retour à la vie démocratique. Le régime communiste instaura l’arbitraire et supprima peu à peu tous les droits et libertés individuelles. La vie des minorités ethnique connut des formes spécifiques de répression. A partir des années ’60 et ensuite avec l’arrivée au pouvoir de Ceausescu (1965), les Roms devinrent les victimes de la politique officielle de homogénéisation ethnique, le slogan idéologique étant l’émergence d’un modèle unique d’homme nouveau, socialiste. C’est le concept d’uniformisation sociale qui justifiait la politique d’assimilation forcée des minorités, et surtout des Roms.

Officiellement, les Roms n’existaient pas, leur spécificité était associée à un statut inférieur, l’identité rom étant assimilée à une culture de la pauvreté et du sous développement. Des fois perçus comme des éléments allogènes, des fois comme un problème social, l’Etat se faisait un devoir de les « roumaniser », c’est-à-dire de les forcer à monter sur l’échelle du progrès social.

L’emploi.
Presque la moitié des travailleurs roms était embauchés dans l’agriculture, en remplissant surtout des tâches non qualifiés et dans des conditions misérables dans les fermes d’Etat. Ceux qui ne se soumettaient pas au régime de travail imposé tombaient sous l’incidence d’un décret qui punissait « le parasitisme social », « l’anarchisme » et « les comportements déviants » avec la prison et les travaux forcés. Ainsi, la pratique des métiers dits traditionnels leur était officiellement interdite, car elle supposait la commercialisation des produits fabriqués, devenue illégale.

L’habitat.
Dans le souci d’uniformisation, le pouvoir central essaya de « roumaniser » aussi l’habitat des Roms par la sédentarisation de force. Ils furent « cantonnés » dans des maisons construites à leur intention en périphéries des communes rurales ou, plus tard, avec la systématisation forcée des villages, dans des immeubles aux banlieues de villes. Les souffrances aux niveau de l’identité ethnique et d’adaptation du jour au lendemain à tout à fait un autre mode de vie sont difficile à imaginer. L’enseignement est un autre volet de la politique d’intégration.
L’école est obligatoire pour tous les enfants, mais le manque de moyens de parents est facteur d’absentéisme, qui engendre la spirale de la marginalisation : le taux d’analphabétisme des Roms reste très élevé, le manque de formation fait que les travaux qu’ils peuvent prester sont de bas niveau, avec rétributions très basses, qui n‘offrent pas la possibilité d’envoyer les enfants à l’école … Il manque de programmes d’enseignement adaptés aux réalités d’une minorité traumatisée gravement par l’histoire et mentenue dans l’ignorance. La grande majorité des membres de l’ethnie Rom sont restés en marge de la société. Ceux qui avaient réussi à s’adapter aux mesures prises par le régime l’ont fait au prix de la perte d’identité. Ils ont formé une classe sociale moyenne très bien intégrée, mais qui reniait la plupart du temps son origine ethnique.

Une minorité européenne : le quart monde à nos portes …

4 - La vie des Roms en Roumanie aujourd’hui

Après la chute du régime communiste l’UE met en place des mécanismes et des instruments visant la protection des droits fondamentaux des minorités. Les Etats membre doivent satisfaire à tous les critères politiques de Copenhague (1993) : institutions stables garantissant la démocratie, suprématie du droit, respect des Droits de l’Homme, ainsi que respect des minorités et leur protection.

Tous les rapports de divers organismes internationaux soulignent le fait que la Roumanie respecte les Droits de l’Homme. Malgré cela, la discrimination envers les Roms est toujours présente. « La stratégie en faveur des Roms, vise expressément la lutte contre la discrimination, elle est certes mise en œuvre mais la discrimination de fait à l’encontre de la minorité rom reste très répandue » (Rapport régulier annuel 2004).

La discrimination et la violence :

Après 1989, le racisme a trouvé un terrain d’expression dans la démocratisation. D’après les données du Baromètre des relations ethniques, 50,6% des Roumains croient que les Roms sont des voleurs, 43,5% qu’ils sont fainéants et 47,2% qu’ils sont sales. Et d’après le sondage Gallup 2003, deux tiers des Roumains estiment que les Roms ne devraient pas avoir le droit de circuler librement à l’étranger car ils « tâchent » l’image de la Roumanie, et la moitié des répondant sont pour une politique démographique de limitation des naissances des enfants Rom.

La première moitié des années 90 a été marquée par des explosions de violence organisée contre les Roms, atteignant parfois des formes extrêmes : des maisons des Roms furent incendiées par les paysans, leurs occupants furent maltraités et chassés, plusieurs furent tués.

Aujourd’hui, l’expression directe de la violence a disparu. Les références directes anti-tsiganes ont disparu aussi des discours des politiciens, qui alimentaient la haine raciale pour justifier la mauvaise situation économique et sociale du pays. Par exemple en montrant du doigt sans cesse les mêmes aspects négatifs de cette communauté. Les châteaux "rococo" des Roms étaient devenus presque une référence. Ont disparu aussi les attaques acharnées des médias contre « la mafia tsigane », ainsi que la plupart des cas d’interdiction d’entrée pour les Roms dans des lieux publics.

Néanmoins, les relations restent tendues. L’expression du rejet et de l’intolérance est devenue plus subtile, plus insidieuse. La discrimination indirecte ressemble un peu au harcèlement moral : il est difficile de la cerner. Si un Rom n’est pas interdit d’entrée dans un restaurant, en revanche on lui sert à boire dans un verre en plastique que l’on jette ensuite pour montrer le dégoût qu’il inspire. Pour les discothèques, il y a toujours le prétexte de l’entrée uniquement sur invitation, etc.

La situation économique
La difficile transition de la Roumanie vers l’économie de marché a affecté de façon négative la grande majorité de la population roumaine, mais surtout l’ethnie rom. La plupart d’entre eux n’avaient pas de qualifications professionnelles. Avec la fermeture des structures économiques communistes, ce qui en avaient un emploi se sont trouvés rapidement débauchés ou marginalisés sur le plan de leur évolution professionnelle.

Le Baromètre des relations ethniques montrait qu’en 2002 les Roms représentaient le segment le plus pauvre de la société roumaine. 67,7% d’entre eux ont déclaré que leurs familles ne peuvent pas assurer le minimum pour la vie quotidienne et 90,5% se sont trouvés au moins une fois dans les derniers 12 mois dans la situation de ne pas pouvoir acheter de quoi se nourrir. Plus de la moitié des Roms gagnent environ 27€ et 16,8% n’ont pas de revenus du tout. Ceux qui gagnent environ 100€, c’est à dire un revenu moyen à l’époque de l’enquête, représentent 1,5%. Conformément aux enquêtes réalisées par ICCV (l’Institut de Recherche de la Qualité de la Vie), « le revenu moyen déclaré par personne chez les Roms représente 15% du salaire moyen net par économie » et les revenus stables des familles sont presque en totalité ceux procurés par les allocations pour les enfants scolarisés.

Plus de la moitié de la population rom est en survie. Le ressources ne sont pas permanentes et proviennent des activités journalières ou occasionnelles (petit commerce : bouteilles en verre, ferraille ; cueillette et vente de fruits de forêt ; travaux agricoles saisonniers, service aux co-citoyens, etc.). Une partie des Roms sorte de l’hiver avec des dettes importantes chez l’épicier du coin (pommes de terre, choux …) ou chez les voisins. Le devoir de rembourser ces dettes engendre une spirale qui n’a pas de fin.

Le revenus très faibles des Roms leur donnent des droits à l’assistance sociale. Mais ceux qui réussissent à déposer un dossier de demande sont souvent soumis à toutes les restrictions et « opacités » dans l’application des lois au niveau local, car la discrimination indirecte, au niveau des autorités territoriales, est importante.

L’Emploi
Pour ce qui est de l’emploi, la cause principale du chômage reste pour les Roms le faible niveau de formation, qui est suivi de près par la discrimination. L’opinion générale sur les Roms (« voleurs et fainéants ») fait que les patrons écartent d’emblée le postulant rom. Dans ces conditions, une vraie stratégie de survie a été mise en place par cette minorité. Du point de vue occupationnel, ils ont du développer des professions auxiliaires, spécifiques à une société paysanne et ayant à faire à des savoirs-faire traditionnels des Roms : chaudronniers, forgerons, rétameurs, mais aussi vente de semences ou de fruits de forêt. Une autre partie a investi des emplois non qualifiés associés communément à un statut social méprisé, comme celui de balayeur de rues.

Un autre type d’activités, qui visent l’exploitation marginale de la collectivité, ont été « permis » par le contexte socio-économique de la Roumanie d’après la chute du communisme : mendicité, chiromancie, jeux de hasard, escroquerie, petits vols. Après l’ouverture des frontières vers l’Occident, une migration de type nouveau a fait son apparition. Des familles ont « envoyé « leurs représentants dans les villes des pays développés pour « gagner de l’argent ». Une partie d’entre eux ont développé des activités genre « tiers monde », en exploitant les ressources abandonnées par la société occidentale (surtout en Allemagne). Quelques Roms se sont même enrichi dans en commercialisant à des prix élevés des produits d’importation de mauvaise qualité et à petit investissement, sans payer ni taxes ni impôts. Pour d’autres, l’espoir d’un travail au noir vite parti, ils ont pratiqué et pratiquent encore la mendicité qui fait vivre les famille restées en Roumanie.

Le niveau élevé de la pauvreté, ainsi que le manque de socialisation de la population rom font que le degré de la délinquance, s’il n’est pas très important, il est en revanche très visible. Malgré le recours, souvent, à des moyens illicites pour assurer le quotidien, les statistiques montrent que les Roms ne commettent que très rarement des infractions à caractère dangereux. Les statistiques de la police montrent aussi que le pourcentage de Roms qui ont eu à faire aux organes d’ordre ne dépasse guère, proportionnellement, celui de la population majoritaire, il est même en baisse régulière.

L’habitat des Roms reste un des problèmes les plus sérieux.



Le premier sujet d’inquiétude serait peut-être le surpeuplement. Il arrive qu’ils vivent à 15, même plus dans une ou deux pièces. Les jeunes couples ne peuvent pas essaimer. La promiscuité fait qu ‘on enregistre de façon fréquente des mariages consanguin (cousins de 1er degré), avec les conséquences à long terme bien connues.

L'insalubrité

Souvent le toit est abîmé et la maison laisse passer les intempéries. La chauffage est improvisé. L’eau et l’électricité font défaut et les sanitaires n’existent pas. Ceux qui paraissent riches aux yeux des autres, qui possèdent une maison « normale », n’ont pas d’électricité, d’eau courante et des sanitaires eux non plus. L’emplacement des maisons de ces derniers est dans les zones inondables ou les plus stériles du village : pour cultiver un petit potager à côté de la maison, par exemple, il faudrait des moyens pour aplatir et enrichir le terrain. Il ne possèdent pas de vaches, car ils n’ont pas les moyens pour les nourrir en hiver.

Qui plus y est, la plupart ne sont pas propriétaires du terrain sur lequel ils ont improvisé leur habitation. Ils sont seulement tolérés par la commune. Ceux qui le sont, rares, ont du faire face à beaucoup de paperasse administrative et à des coûts bien élevés. Tant que cela n’est fait, il est pratiquement impossible de faire installer l’électricité et les canalisations dans des logements qui n’existent pas sur les plans cadastraux de la ville. L’explication est que, ne possédant pas des terres avant le régime communiste, ils n’ont pas pu bénéficier de la loi foncière.

L'éducation et la formation

Malgré les mesures prise par le gouvernement roumain à l’encontre des jeunes Roms, la taux d’analphabétisme reste élevé. Les statistiques montrent que presque 90% des enfants non scolarisés proviennent des familles au revenus très modestes. D’où l’impact de la pauvreté sur la scolarisation. Les cycles scolaires vers lesquels ils s’orientent (enseignement primaire, plus rarement secondaire) sont en dessous du niveau exigé pour occuper une position acceptable sur le marché du travail. Plus de la moitié des Roms n’ont aucun métier – les jeunes sans métier dépassent en pourcentage le nombre des adultes ; cela veut dire qu’après 1990 une grande partie des jeunes sont restés en dehors de tout cycle d’enseignement.

Pour ce qui est de l’enseignement supérieur, le présence des Roms reste une exception.

L’accès à la santé et aux soins reste médiocre. La pauvreté des Roms et la corruption rendent l’accès aux soins problématique. La jeune fille rom se marie ou est mariée très jeune, situation qui s’explique tant par « les coutumes » roms, mais aussi car, non scolarisée, elle n’a aucune autre possibilité de s’épanouir. Quant à la contraception, l’information manque le plus souvent. Le niveau d’information de base sur le fonctionnement du corps humain, ne serait-ce qu'au niveau de la maternité, est réduit à l’extrême. Cela est aggravé par l’absence de transmission traditionnelle de mère - fille. La communication a été interrompue par une situation économique si dégradée, que la mère, en quête permanente de nourriture pour la famille, ne trouve plus le temps de parler avec sa fille.

5 - La vie des Roms en France aujourd’hui

Pour vivre, ils pratiquent des métiers comme le cirque, ils sont montreurs de bêtes sauvages, notamment d’ours, ils travaillent les métaux et le bois. Les femmes disent la bonne aventure dans les lignes de la main ou dans les cartes, elles connaissent des recettes de médecine populaire ou savent percer les oreilles des petites filles pour mettre des boucles. Mais dès fois ils volent aussi, car il n’est pas facile de nourrir sa famille.

- Gens du Voyage et Roms : Similitudes et Différences : Rejet

Les Gens du Voyage et les Roms font partie du même peuple. Les Roms sont les Tsiganes vivant dans les pays de l’Europe Centrale et de l’Est. Ils sont sédentaires depuis plusieurs siècles et citoyens des pays où ils vivent. Par conséquent, ils ont un lieu d’attache, une maison, et ne possèdent pas des caravanes. Les Gens du Voyage, nom donné par les administrations françaises vers le début du 20e siècle, désigne les Tsiganes vivant en France. Ils sont des citoyens français depuis longtemps. Ils représentent l’exception, car ce n’est qu’en France qu’ils sont « voyageurs ».

En effet, à partir du 15e siècle, les Tsiganes se sont installés de façon durable, malgré les mouvements de droite à gauche au gré des édits d’expulsion, dans tous les pays de l’Europe.Le nomadisme ou le voyage ne représente nullement « une spécificité » tsigane. Partout où ils ont pu se stabiliser, d’où ils n’ont pas été chassés, ils se sont établis durablement. En Espagne, en Allemagne, en Italie et partout dans l’Est de l’Europe, ainsi qu’en Russie, les Tsiganes sont sédentaires.

Ils sont en revanche très mobiles, de par leurs métiers, de par leur situation de peuple « en survie ». Ils peuvent facilement se déplacer à la recherche de moyens de vivre, mais ils retrouvent toujours leur maison et leur famille. C’est à cause de leur mobilité et de leur visibilité qu’ils ont été toujours et partout perçus comme très nombreux. C’est une constante de leur histoire jusqu’à nos jours. Exemple. Quelques milliers de personnes ont migré dans les pays de l’Occident après la chute des régimes communistes et vivent actuellement en situation de grande précarité dans nos villes. Cela a entraîné des mesures de sécurité disproportionnées, les médias se sont emparées fébrilement du sujet, la population est à nouveau prise de panique …

Dans les temps de jadis, ils étaient organisés en clans, qui regroupaient des personnes faisant le même métier. Un chef de clan réglait les problèmes d’ordre intérieur, tout en ayant aussi le rôle de « médiateur » entre le groupe et « les gadgés », ceux qui ne faisaient pas partie du clan, ainsi qu’auprès des autorités administratives du lieu. Cet état de faits organisationnel a duré longtemps, mais aujourd’hui il ne restent que peu de communautés structurées de façon traditionnelle.

Les différences sont données par leur situation administrative dans le pays où ils vivent, mais aussi par le système politique et social de ce pays.

Ainsi, les Gitans ne reconnaissent pas les Roms comme étant de la même famille de peuples, car ils ne veulent pas être confondus avec les Roms. Pareil pour les Gens du voyage. Personne ne veut être pris pour un Rom, et surtout pour un Rom roumain … C’est l’indigence extrême qui fait peur. Les Gens du voyage les méprisent, car ils leurs renvoient comme dans un miroir une image de pauvreté et d’ignorance qui ne leur convient plus, car ils vivent dans une société riche qui les a « contaminés » à la consommation.

Le comble est que les Roms roumains eux-mêmes, ceux qui sont sortis de la misère, ne reconnaissent plus leur identité et préfèrent se cacher sous leur appartenance citoyenne. il existe même une catégorie sociale à part, dont on parle à voix basse, « les Roms en soie ». Ce sont les personnes qui ont réussi leur « intégration ». Ce ne sont que les autres Roms qui savent qui ils sont et ils se taisent avec admiration.

En Roumanie : quelques repères pour en savoir plus ; même peuple, noms différents.

Un des plus anciens noms est celui de Tsigane. Aux débuts du deuxième millénaire, en Grèce, à cause de leurs savoir-faire auprès des bêtes, ils ont été confondus avec une secte religieuse (atsiganoï) connue pour ses pratiques magiques : l’empereur Constantin Monomachus a fait appel aux savoirs des Atsiganoï pour se débarrasser des animaux sauvages qui détruisaient le parc animalier impérial de Constantinople. Le nom d’Egyptiens, Gypses, Gitans leur a été donné dans l’Occident de l’Europe, vers le 16e – 17e siècle et repose sur une confusion. A la question « d’où venez- vous ? », les nouveaux arrivants répondaient « de Gypte », qui était une petite ville située dans le Péloponèse (Grèce actuelle). Bohémiens est du aux lettres de protection accordées par l’empereur germanique Sigismond de Bohème. A la question « d’où venez-vous », ils répondaient en montrant ces lettes : Bohémiens … Gens du Voyage - appellation administrative utilisé exclusivement en France, qui date du début du 20e siècle. Si tous ces noms ont été donné par les « gadgé » (« étranger » en langue romani), Manoucha en revanche signifie en romani « être humain ». Les Romanichels c’est l’adaptation du « romani cel » qui signifie « peuple tsigane » en romani. Quant à Rom, il ne s’agit plus ici non plus d’un surnom, mais également d’un mot de la langue romani, signifiant « époux » et par extension « être humain ».